Je me rappellerais toujours du jour où ma mére m'a annoncé que Jordan serait surement autiste asperger... J'avais 12 ans à l'époque, j'étais allongée sur mon lit en train de lire un bouquin, et ma mére est arrivée, une liasse de papier à la main. Elle m'a fait lire, elle m'a fait remarquer qu'il y avait beaucoup de similitudes... Mais je n'y ais pas vraiment fait attention. Pour moi, c'était juste des simples coicidences, c'était pas possible qu'il soit "comme ça", même si mes parents emmenaient Jordan jusqu'a Marseille pour le faire analyser. Les médecins se trompaient forcément. Une petite voix dans ma tête me disait bien "mais si jamais... ce n'est pas impossible..." mais je la faisais taire.
J'ai été vraiment agressive avec Jordan, je le rejettais tout le temps, je réagissait comme les petits cons de la cour de récré le faisaient. C'était un raisonnement un peu stupide, mais je me disais "si je réagit comme n'importe qui, il comprendra et changera, il peut changer, il DOIT changer !". Une fois, il m'avait dit "mais pourquoi t'es méchante avec moi", ça m'avait beaucoup touchée. Je me disais que c'était pas juste, qu'il ne méritait pas d'être "comme ça". Mon frére que j'adorais, dont j'ai toujours été trés proche, n'était pas tout à fait comme les fréres de mes amies. Je crois que c'est l'une des choses que j'ai eu le plus de mal a assumer, et que j'ai toujours un peu de mal a assumer d'ailleurs. Je n'invitais jamais de copines a la maison, j'avais peur qu'elles le jugent, qu'elles aient une mauvaise image de lui. Je n'en parlais pas. En quelque sorte, je voulais nier son autisme. Maintenant, je ne suis plus autant agressive qu'avant avec lui, mais ça m'arrive encore. Je repense comme avant, et je "l'engueule" pour rien. Je n'en suis pas fiére, vraiment pas du tout.
Un jour, j'ai décidé de ne plus me cacher, d'assumer, d'être fiére de mon frére. J'avais 13 ans, j'ai tout avoué a mes amies (sauf bien sûr à Céline qui était déjà au courant depuis longtemps). Quand je l'ai dit pour la premiére fois, je me suis sentie trembler un peu, j'avais les mains moites, j'ai cru que j'allais fondre en larmes. ça m'arrive toujours d'ailleurs, quand j'en parle à des gens qui ne savent pas ou qui ont insultés les autistes juste avant.
Pour Teiva, ça a été différent. On lui faisait faire des analyses aussi, mais ma mére ne voulait pas croire qu'il puisse être autiste. J'ai suivi le même raisonnement que ma mére, j'essayais même de la rassurer. Je crois que finalement j'essayais encore une fois de nier la réalité, de nous auto-persuader que non, Teiva n'était pas autiste, c'était impossible. Mais un jour, c'était un lundi, je me suis remuée toute seule : "Mais regarde !! Il est autiste, comme son frére !! Ne fait pas semblant de ne pas le voir !!", et j'étais vraiment trés triste. Quand mon copain de l'époque m'a annoncé ce jour là que c'était fini, j'en ai pleuré, mais ce n'était pas entiérement a cause de lui. Je pensais surtout à Teiva. Mais quand on me demandait pourquoi je pleurais, je ne donnais pas la vraie raison, je disais que c'était a cause de mon ex. Je ne voulais pas qu'on me plaigne, je ne voulais pas expliquer, je ne voulais pas en parler.
Je ne veux pas qu'on me plaigne, ce n'est pas le but de cet article. J'écris ça pour aider les fréres et soeurs d'autistes qui sont dans le même cas que moi, leur dire qu'ils ne sont pas seuls, et d'essayer de ne pas faire les mêmes erreurs que moi.
